Un parfum de poésie
POEMES EXTRAITS DU 3ème RECUEIL     « Cœurs et chaos », edilivre

Rêve

Coucher la nuit sur une feuille blanche
Semer les étoiles à l’encre noire
Sublimer du jour tout le désespoir
Ecrire l’amour comme une revanche

Rêver les matins aux lueurs dorées
Le pourpre des roses, vif, éclatant
Retenir les songes, tuer le Temps
Qui peint au printemps des cieux mordorés

Disperser le sable des sabliers
Et d’un seul regard, faire des prodiges
N’être plus qu’un souffle, plus qu’un vertige
Voir le fond des gouffres sans sourciller

Rallumer les feux des âmes éteintes
Et chercher dans la cendre une étincelle
Trouver cette flamme qui ensorcelle
Embrasser les nues d’une seule étreinte

Partir pour toujours dans cette contrée
Et atteindre enfin ces exquis rivages
Où naissent les mots et les fleurs sauvages
Dans les mains de tout ange rencontré


Dernière Parole

Quand viendra le Temps dernier
Quand viendra la Nuit du jour
Quand la vie viendra pleurer
Le Sacré des nuits d’amour

Quand les vents deviendront fous
Quand les fous deviendront sages
Quand la mer fera naufrage
Sur ses rives qu’on bafoue

Quand viendra l’âge des Cendres
Quand viendra l’heure poignante
Des sanglots d’âmes errantes
Quand la Fin viendra descendre

Quand le Ciel deviendra noir
Pour cacher la lune en larmes
Quand la mort, le bruit des armes
Chanteront le Désespoir

Nous nous souviendrons de Nous…



Quelques poèmes inédits...


Sonnet au Printemps

Printemps aux cheveux d’or fleuris de pâquerettes
Viens semer de tes mains les graines de l’amour
Répands le chant des cœurs et la douceur des jours
Au milieu des prairies aux herbes guillerettes

Dans les bois où sommeille en secret la nature
Embaume de parfums verdoyants l'arbre nu
Viens dans l'éclat du ciel et sois le bienvenu
O Printemps des baisers, Printemps des aventures

Dans l'argent de tes nuits, dans l'ambre des matins
Essaime en mes rêves des frissons libertins
Que perle sur ma peau l'ardeur de ton essence

Viens Printemps et reçois en offrande ma voix
Et mon âme glacée d'avoir perdu la voie
Du Rite et du Soleil. Préside à ma naissance...



Le marchand


Il m’a dit
On n’écrit plus – savez-vous ?- de cette manière
Laissez la rime du vers rejoindre l’oubli
L’alexandrin est mort et la mode dernière
Est d’écrire en prose poétique la vie

Il m’a dit
Nous avons fait de grands efforts en écriture
Notre siècle est moderne et vos vers sont puérils
De quoi vous mêlez vous donc ? De littérature ?
Votre métrique reste celle des exils !

Il m’a dit
Excusez, s’il vous plaît, cette lettre brutale
Joignez-vous à l’effort de renouvellement !
Et jetant dans la boue mes rêves de cristal
Il partit. Je pensai : Votre poésie ment

Que m’importe vos mots, il ne sont que blasphèmes
Car que savez-vous donc des musiques du cœur ?
Vous n’êtes qu’un marchand, non l’ami des poèmes
Juste un mercantile néo rhétoriqueur !

Dois-je donc pour vous plaire entraver ma pensée
Réduire à vos formes les voix de l’Infini
Museler la muse qui m’offre des brassées
De fleurs et de senteurs chaque jour de ma vie ?

Les mots vont. Ils coulent comme un libre torrent
Entre pierre et roseau, entre mousse et verdure
Rien ne peut arrêter leur essor conquérant
L’harmonie des vers est la seule qui perdure




Aux mômes,

Sous les buissons fleuris, j’ai trouvé une rose
Comme on trouve au hasard des rencontres étranges
La vérité d’un mot dans le secret des choses
De nos troubles destins loin du ciel et des anges

Sous les buissons fleuris, j’ai trouvé des épines
Des gouttes de rosée dans le sang du soleil
Rougissant le passé de ses teintes vermeilles
Dans le grand silence des douleurs enfantines

Et j’ai haï la fleur, et j’ai fui le couchant
Car l’enfant fut souillé sous les pétales roses
L’innommable a trahi cette innocence éclose
Sous la menace infâme d’un couteau tranchant

Sous les buissons fleuris, j’ai trouvé votre monde
De larmes, de souffrances, de rictus hagards
Et la douce candeur s’en fut de mon regard
Et je crie aujourd’hui ma haine de l’immonde

Sous les buissons fanés, refleuriront les roses
Pures comme le rire éternel des enfants
Belles comme les poings levés et triomphants
De l’avenir vengeur des mômes aux joues roses !

2004

"Automne des âmes


Je ne marcherai plus sur les chemins fleuris
Et je pleure sans bruit mon âme défunte
Aridité des larmes, la promesse fut feinte
De mes envols sauvages, les dieux ont bien ri

Repus, rouges d'excès, la panse remplie
Ils nous jettent en bâillant quelques miettes de joie
Que nous nous arrachons, dans la fièvre et la foi
Nourrissant nos délires aux pieds de la Folie

Quand nos bouches asséchées par nos prières ardentes
Trouveront-elles enfin cette source rêvée
Lavant les cœurs suintants, les amours écorchés
Et quand dormirons-nous loin des enfers de Dante ?

Damnés sont nos espoirs, si courts sont nos bonheurs
Il n'y a que les mots qui résistent à l'usure
Mais quand vient le silence, s'ouvrent les meurtrissures
Et prêts sont nos linceuls pour toutes nos ardeurs..."


"L’espace s’est réduit, l’espace d’un frisson
L’espace entre nos peaux, le temps d’une chanson
L’espace s’est ouvert vers l’espace étoilé
Le temps de ton regard par l’émotion voilé

L’espace d’un clin d’œil, mon âme a vacillé
L’espace d’un soupir, mon cœur s’est dessillé
L’espace d’un tango, notre amour a fleuré
L’instant de ton parfum, de ton corps effleuré

L’espace d’un printemps, nous nous sommes aimés
Corps transis, cœurs souffrants des amours abîmés
Des pétales des fleurs sont nés tous nos baisers
L’espace d’un rayon de soleil embrasé..."


"A nos mères…

Cette femme que l’on porte en soi pour toujours
Cette femme fragile, et si forte, et si belle
Cette femme-sourire, ce baiser, c’est elle
Qui fut notre joie et notre premier amour

Son regard est le ciel, son parfum est l’enfance
Et sa voix connaît tous les rythmes et les sons
Des musiques du cœur, des joyeuses chansons
Des berceuses jolies du temps de l’innocence

Nul besoin de discours, son cœur est omniscient
Il devine sans peine l’ombre de notre âme
Et d’un mot, et d’un geste, s’efface le drame
Pour rendre à notre esprit son soleil insouciant

Un lézard sur une pierre, une fleur de printemps
Un goût de confiture – oh mémoire première
Qui nous berce toujours sur le sein de nos mères
Et qui rend à nos jours cette douceur d’antan!"


"Pour demain

L’ombre gît, c’est la nuit, ma pensée frissonnante
Sous le ciel endormi guette l’éveil du jour
Et j’attends recueillie que la voix dissonante
Du silence devienne une chanson d’amour

Un chant céleste et pur à la note florale
Aux chatoyants aveux pour taire mon chagrin
Dans l’aube de tes yeux, j’entendrai la chorale
Des nues enamourées aux portes de demain

Le temps fuit, mon ennui, mon âme palpitante
Sous la lune brillante guettent ton retour
J’ai tant cru aux serments des étoiles filantes
Je veux croire à présent au divin de l’amour

A cet amour ardent transfigurant la chair
Antérieur à l’humain, lumineux, extatique
Qui sait unir la fleur au cœur de l’univers
Pour enfanter un rêve aux contours édéniques"

En souvenir de Oblawa, chanson de Jacek Kaczmarski
1974

« Chanson de mon enfance, tu n’es point berceuse
Ta voix est âpre et forte, et ton chant est guerrier
Tu es la ballade terrible et monstrueuse
De jeunes loups chassés par l’homme meurtrier

Et la guitare joue, et les mots claquent tels
Les mâchoires aux crocs sanglants des chiens coureurs
Perdus, les jeunes loups sous les fusils mortels
Tombent dans la neige tachée par la terreur

Et la guitare joue, et se poursuit le raid
Dans la dense forêt où, passionnés, sauvages
Vivaient libres les loups. Qui leur viendra en aide ?
Qui voudra mettre fin à l’horrible carnage ?

La chasse continue et chante la guitare
De jeunes loups meurent de par le vaste monde
Défendez-vous, frères ! Avant qu’il soit trop tard
Avant que ne règne cette violence immonde !

Chanson de mon enfance, tu n’es point heureuse
Ta voix est âpre, tes mots sont tous censurés
Et l’on ne t’écoute qu’aux heures ténébreuses
Et l’on te chante fier ! Mais pas très rassuré... »
version première du poème


 Quelques extraits de recueils...

« Assis sur une grève de la mer immense
Un ange égaré, l'œil brillant, regarde l’onde
L’onde bleue, insondable, amère et si profonde
Et le remous de l'eau le distrait du silence

Il regarde passer les couchants et ses feux
Les traîneaux de lumière et les chars enflammés
Illuminant les nues et la chair des almées
Qui dansent, légères créatures des cieux »
           Extrait de "l’Ange", recueil « Etats d’âmes » édition Edilivre

« Depuis ce jour béni où ma flamme fut tienne
Je n’ai jamais connu d’autre feu aussi grand
Que celui dont tu omis de rester la gardienne
Ame de mon amour, mon destin immigrant

Partir, partir toujours ! Et se perdre en errances
Est-ce là ce chemin que ton cœur m’a caché
Mourir, mourir un jour ! Si loin de ta fragrance
Et réchauffer ma Nuit d’un bonheur arraché !

Son âme était – je sais- la route vers moi-même
Sur la trace des rêves et des sentiments
Son âme était – je crois- mon unique poème
Je l’ai écrit en vers de nos pleurs de diamants… »
             Extrait de "Chemin d’âme", recueil « Etats d’âmes »

« Ailleurs

Mon cœur est semblable au cœur libre des nomades
Enfants des plaines d’Est aux chants fiers et sauvages
Amoureux des forêts et des verts paysages
Et des nues suspendues au-dessus des manades

Chaque souffle est pour lui un voyage impromptu
Au jardin des rêves où de blanches ménades
Ecoutent pensives le son des sérénades
Du soir mystérieux, tout d’ombres revêtu

Un couchant lui suffit pour s’embraser pareil
Au flambeau de l'espoir attisé par le vent
Et chantant, enflammé, il s’en va en rêvant
Au temps béni lorsqu'il atteindra son Soleil »
[…] »
Extrait du premier poème du recueil « Ailleurs » édition Edilivre

A mon Ame…

Mon âme, ris! L’heure est aux roses
L’heure est au charme des baisers
Aux pieds des fleurs, viens déposer
Alarmes et pensées moroses

Mon cœur, chante! L’heure est au tendre
L’heure est aux doux soupirs des bois
Quand sous le ciel, l’amour flamboie
Ne laisse pas l’amour attendre

Ne laisse pas l’ombre venir
Sous les bois frais. Ris d’allégresse
Cueille les fruits de ma tendresse
Ils ont le goût de l’avenir

Mon âme, le regret est chose
Qui ne vaut pas qu’on le contemple
Vois l’horizon et vois la rose
Ils sont de notre amour le temple" 
Extrait de « Ailleurs »

« Au phare

Gardien des eaux, œil de la mer qui guettes
Les grands bateaux blancs aux ailes de vent
Fiers, orgueilleux, toutes voiles devant
Défiant les cieux, leurs fureurs, leurs tempêtes

Lumière des flots aux ombres inquiètes
Quand au creux des vagues, l’espoir chavire
Ami des solitudes des navires
Qui vont, rêvant, à tes lueurs secrètes

Ne nous oublie pas, seigneur des orages
Et viens réchauffer nos récifs en pleurs
Au cœur des nuits aux sanglots de douleur
Où flotte le souvenir des naufrages

Toi, qui te tiens, solitaire fantôme
Sur le rocher noir de nos vains tourments
Eclaire-nous parmi les éléments
Et guide-nous sur l’océan des hommes… »
Extrait du recueil «Ailleurs », édition Edilivre

"Au loup

Il est venu, le temps des ombres
Des clameurs de la nuit guerrière
Du feu des armes, des décombres
Et du sanglot des prières

Dans la forêt, jadis sauvage
Voyez, les arbres se recueillent
L’homme prépare le carnage
Et la Nature, le cercueil

Le temps du Loup, fier solitaire
S’en est allé avec les contes
Le grand fossoyeur de la Terre
L’œil plein de haine fait ses comptes :

« Un loup, deux loups, c’est déjà trop!
Cessons cela ! Tuons en quatre !
Quel ennui que la vie de Pâtre !
Quel plaisir, la vie de Bourreau ! »

Pleure, verdoyant paysage
Cache bien la Vie en ton sein
Voici le temps des assassins
Des monstres à l’humain visage"
extrait de "Ailleurs"

"Musical,

Aériens chœurs de voix, montrez-moi le chemin
Qui mène vers ce monde où le coeur est serein
Notes graves, fluettes, musicaux parfums
Enveloppez mes nuits, glissez-vous sur mes mains

Oh, faites que le ciel apaise ma mémoire
Que le piano s’envole en gouttes d’ouragans
De nuage en nuage et en fleurs d’origans
Au-dessus des soupirs de cristal et de moire

Rêveries de clochettes, furtifs carillons
Violons! Dansez, riez, ce sont mille étincelles
De bonheur que vos âmes tremblantes cisèlent
Comme autant de diamants, autant de papillons [...]"extrait de "Etats d'âmes"


"L'amour est un poème,

L'amour est un poème et la vie un mirage
Je tremble et je t'aime, m'aimeras-tu encore
Lorsque la Nuit viendra éloigner nos deux corps
Lorsque l'Ennui viendra aux astres faire ombrage

L'amour est un secret, le temps est un blasphème
Aux baisers caressants, aux lèvres parfumées
Aux regards émouvants, au désir sublimé
L'amour est liberté, le bonheur est bohème [...]"extrait de "Etats d'âmes"